Lu à l'instant sur Science et Avenir .... article sur les chenilles :

 

La chenille processionnaire est entrée dans Paris

Loïc Chauveau Publié le 18-12-2014 à 16h35

Le redoutable insecte urticant poursuit sa conquête du territoire français, bien aidé par le réchauffement climatique. Et par l’homme.

Le nid cotonneux de la chenille processionnaire. Seule solution pour s'en débarrasser : le brûler. © Inra Le nid cotonneux de la chenille processionnaire. Seule solution pour s'en débarrasser : le brûler. © Inra

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COTON. Dès le début de l’hiver, on voit apparaître leurs nids. Les chenilles processionnaires (Thaumetopoea pityocampa) sont en train de construire ces boules cotonneuses que l’on peut voir aux extrémités des pins, sapins et cèdres. Le réseau d’étude de l’espèce créé par l’Inra a organisé cette semaine un colloque international regroupant une centaine de chercheurs penché sur une expansion inquiétante. Et les nouvelles ne sont pas bonnes. "L’insecte a aujourd’hui atteint, voire dépassé l’Ile-de-France et les conditions climatiques font que désormais toute la France est favorable à son expansion" note Alain Roques au Centre Inra Val de Loire.

Outre un climat de plus en plus accueillant, la chenille processionnaire peut aussi compter sur l’homme. Les chercheurs viennent ainsi de démontrer que les individus apparus en Alsace et au nord de Paris en 2013 provenaient bien de populations plus méridionales, preuve que ces chenilles avaient été apportées en camion via la commercialisation de résineux. L’espèce n’a pourtant besoin de ce coup de pouce pour coloniser l’ensemble de l’hexagone. "La chenille processionnaire ne supporte pas les coups de froids à -16°C qui provoquent alors des mortalités complètes, poursuit Alain Roques. De plus, des températures supérieures à 0°C l’hiver permettent aux chenilles de continuer à se nourrir".

Les chiens et les chats, victimes inattendues de la chenille processionnaire

Frileuse, la chenille construit justement son nid pour se garder au chaud, avant de descendre des arbres au printemps pour se rendre en procession dans les sols propices à leur transformation en papillon. Ces conditions de vie font de l’insecte un indicateur précieux des progrès du réchauffement climatique reconnu comme tel par le GIEC. Jusque dans les années 90, la Loire faisait office de barrière naturelle, du fait de régulières vagues de froid au nord du fleuve, hostiles à l’espèce. Or, les hivers sont de moins en moins rigoureux et les températures montent.

Depuis 20 ans, la température moyenne de la Beauce a ainsi augmenté d’environ 1°C. Non seulement le froid n’est plus assez vif pour tuer les colonies, mais la douceur permet aux chenilles de se nourrir tout l’hiver. Celle-ci est même en train de coloniser les reliefs du Massif Central qui lui était encore défavorables il y a 20 ans (carte de diffusion ci-contre, crédit Inra).

MÉSANGE. L’expansion géographique de la chenille pose de vrais problèmes de santé publique. Cette larve possède en effet des poils urticants qui diffusent dans l’organisme une protéine toxique, la thaumétopoéine. Les premières victimes en sont les chiens et les chats qui reniflent les chenilles quand elles descendent au sol au printemps. Ces animaux domestiques peuvent ainsi développer œdemes et inflammation de la langue et des muqueuses buccales qui les empêchent de se nourrir. Les animaux d’élevage sont aussi touchés quand ils mangent l’herbe sur laquelle est passée une procession.

La thaumétopoéine provoque de fortes démangeaisons chez l’homme (ci-contre, crédit Inra). Enfin, la chenille provoque l’affaiblissement des arbres. Les méthodes de lutte sont peu nombreuses. Les nids doivent être brûlés et des pièges permettent de stopper les processions au bas des arbres. La plus efficace reste la mésange qui peut manger une quarantaine de chenilles par jour. Signalons enfin que l’Inra a développé une application pour mobile pour que chacun puisse signaler la présence de l’espèce dans son proche environnement.

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